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Je crois à la rémission des péchés

« Je crois à la rémission des péchés »

Quand on regarde attentivement le Symbole des Apôtres, on constate que la foi au Saint Esprit introduit à la foi en l'Église, à la foi en la communion des saints et à la foi au pardon des péchés. Cela se comprend, si on se souvient que « c’est en donnant l’Esprit Saint à ses apôtres que le Christ ressuscité leur a conféré son propre pouvoir divin de pardonner les péchés : " Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus " (Jn 20, 22-23). » (CEC, nº 976) Comme nous le voyons, tout est lié : Dieu, en son Fils, pardonne les péchés et ce dernier confie à son Église – ici, ses Apôtres – ce pouvoir pour la sanctification de tous les hommes.

 

Le plan du salut

Comme l’écrit saint Paul, « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tim 2, 4). Pourquoi ce souhait divin ? Parce que Dieu a créé l’homme, « à son image, comme sa ressemblance » (cf. Gn 1, 26-27), pour qu’il puisse partager sa propre vie divine. Dans ce but, il lui a donné une structure interne qui le rend parfaitement apte au dialogue avec Lui. Le péché originel a eu des conséquences dramatiques et le « dialogue homme-Dieu » est devenu comme impossible, d’autant plus que le péché s’est répandu jusqu’à devenir universel. Aussi a-t-il fallu que Dieu lui-même vienne le renouer. Ce qu’il fit en envoyant son Fils. Ce que ce dernier fit en révélant le visage de bonté du Père de tous les hommes et en manifestant la solidarité inconditionnelle de Dieu avec l’humanité par le don de sa vie sur la Croix.

Par la mort et la Résurrection du Christ, nous est acquis le pardon des péchés. La paralysie que ces derniers entraînent dans l’homme est guérie par ce pardon. L’homme peut se tourner vers Dieu, l’aimer, le louer, collaborer avec Lui : il est sauvé. Le salut que le Christ apporte, passe par le pardon des péchés. Pardonné, l’homme peut avoir accès à Dieu. C’est la vie de la grâce, la sanctification, la divinisation, sur cette terre, avant la plénitude de vie avec Dieu, le face à face, le Salut enfin consommé, dans le Paradis.

Mais, qu’est-ce que le péché pour pouvoir mettre en danger sérieusement, voire définitivement, notre salut ? Dans le Catéchisme de l'Église Catholique, nous lisons : « Le péché est une offense de Dieu : " Contre toi, toi seul, j’ai péché. Ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait " (Ps 51, 6). Le péché se dresse contre l’amour de Dieu pour nous et en détourne nos cœurs… Le péché est ainsi " amour de soi jusqu’au mépris de Dieu " (S. Augustin, civ. 14, 28). Par cette exaltation orgueilleuse de soi, le péché est diamétralement contraire à l’obéissance de Jésus qui accomplit le salut (cf. Ph 2, 6-9). » (CEC, nº 1850) « … faute contre la raison, la vérité, la conscience droite, (le péché) est un manquement à l’amour véritable, envers Dieu et envers le prochain, à cause d’un attachement pervers à certains biens. Il blesse la nature de l’homme et porte atteinte à la solidarité humaine. » (CEC, nº 1849)

Une autre question se pose : en quoi la Passion du Christ fut-elle le grand moyen de Dieu pour nous obtenir le pardon des péchés. Une remarque du Catéchisme de l'Église Catholique peut nous aider à comprendre : « C’est précisément dans la Passion où la miséricorde du Christ va le vaincre, que le péché manifeste le mieux sa violence et sa multiplicité : incrédulité, haine meurtrière, rejet et moqueries de la part des chefs et du peuple, lâcheté de Pilate et cruauté des soldats, trahison de Judas si dure à Jésus, reniement de Pierre et abandon des disciples. Cependant, à l’heure même des ténèbres et du Prince de ce monde (cf. Jn 14, 30), le sacrifice du Christ devient secrètement la source de laquelle jaillira intarissablement le pardon de nos péchés. » (CEC, nº1851) Solidarité du Fils de Dieu qui, bien que n’ayant jamais commis de péché, se trouve soudain « fait péché », comme l’écrit saint Paul : « Celui qui n'avait point connu le péché, il l'a fait péché pour nous, afin qu’en lui  nous devenions justice de Dieu. » (2 Corinthiens 5, 21). Et du fond de sa douleur, il continue à aimer le Père et ses frères les hommes : par son obéissance et son amour qui ont une valeur infinie, il nous sauve de tous nos péchés, opposition à Dieu et rejet de son amour ! Aussi, saint Pierre pourra-t-il écrire : « … ce n’est par rien de corruptible, argent ou or, que vous avez été affranchis de la vaine conduite héritée de vos pères, mais par un sang précieux, comme d’un agneau sans reproche et sans tache, le Christ… » (1 P 1, 18-19)

Le Christ, notre unique Sauveur, et les sacrements du pardon

Le Christ lui-même a enseigné que pour être sauvé, il faut s’attacher à l’unique Sauveur, lui, et se faire baptiser, le baptême signifiant et réalisant le pardon de tous nos péchés : « Notre Seigneur a lié le pardon des péchés à la foi et au Baptême : " Allez par le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé " (Mc 16, 15-16). Le Baptême est le premier et principal sacrement du pardon des péchés parce qu’il nous unit au Christ mort pour nos péchés, ressuscité pour notre justification (cf. Rm 4, 25), afin que " nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle " (Rm 6, 4). » (CEC, nº 977)

Selon l’enseignement traditionnel de l'Église, ce sont tous les péchés commis avant le baptême qui sont pardonnés par la célébration de ce sacrement qui nous introduit dans la grande famille des sauvés : « Au moment où nous faisons notre première profession de Foi, en recevant le saint Baptême qui nous purifie, le pardon que nous recevons est si plein et si entier, qu’il ne nous reste absolument rien à effacer, soit de la faute originelle, soit des fautes commises par notre volonté propre, ni aucune peine à subir pour les expier (...). Mais néanmoins la grâce du Baptême ne délivre personne de toutes les infirmités de la nature. Au contraire nous avons encore à combattre les mouvements de la concupiscence qui ne cessent de nous porter au mal. » (Catéchisme Romain, 1, 11, 3).

Et c’est bien parce que nous sommes encore « portés au mal » après le baptême que nous continuons à pécher. Aussi le Christ a-t-il donné à son Église la capacité de pardonner leurs fautes à tous les pécheurs repentis, quand même ils auraient péché jusqu’au dernier moment de leur vie. « C’est par le sacrement de Pénitence que le baptisé peut être réconcilié avec Dieu et avec l’Église : Les pères ont eu raison d’appeler la pénitence " un baptême laborieux " (S. Grégoire de Nazianze, or. 39, 17 : PG 36, 356A). Ce sacrement de Pénitence est, pour ceux qui sont tombés après le Baptême, nécessaire au salut, comme l’est le Baptême lui-même pour ceux qui ne sont pas encore régénérés (Cc. Trente : DS 1672). » (CEC, nº 9809)

Le pouvoir des clefs

On connaît cet épisode de l'Évangile où le Christ promet à Pierre de lui donner « les clefs du Royaume des Cieux » (Mt 16, 19). C’est ce qu’on appelle « le pouvoir des clefs. » Les clefs servent à ouvrir les portes fermées. Les clefs de l'Église lui permettent d’ouvrir les Portes du Salut en offrant le pardon des péchés.

« Le Christ après sa résurrection a envoyé ses apôtres " annoncer à toutes les nations le repentir en son nom en vue de la rémission des péchés " (Lc 24, 47). Ce " ministère de la réconciliation " (2 Co 5, 18), les apôtres et leurs successeurs ne l’accomplissent pas seulement en annonçant aux hommes le pardon de Dieu mérité pour nous par le Christ et en les appelant à la conversion et à la foi, mais aussi en leur communiquant la rémission des péchés par le Baptême et en les réconciliant avec Dieu et avec l’Église grâce au pouvoir des clefs reçu du Christ : ‘L’Église a reçu les clés du Royaume des cieux, afin que se fasse en elle la rémission des péchés par le sang du Christ et l’action du Saint-Esprit. C’est dans cette Église que l’âme revit, elle qui était morte par les péchés, afin de vivre avec le Christ, dont la grâce nous a sauvés’ (S. Augustin, serm. 214, 11 : PL 38, 1071-1072). » (CEC, nº 981)

C’est un signe de vitalité des communautés ecclésiales que d’avoir « foi en la grandeur incomparable du don que le Christ ressuscité a fait à son Église : la mission et le pouvoir de pardonner véritablement les péchés, par le ministère des apôtres et de leurs successeurs. » (CEC, nº 983) Les Pères de l'Église étaient habités par cette certitude : Saint Ambroise, évêque de Milan : « Le Seigneur veut que ses disciples aient un pouvoir immense : il veut que ses pauvres serviteurs accomplissent en son nom tout ce qu’il avait fait quand il était sur la terre (Pœnit. 1, 34 ). » Saint Jean Chrysostome, Patriarche de Constantinople : « Les prêtres ont reçu un pouvoir que Dieu n’a donné ni aux anges ni aux archanges. (...) Dieu sanctionne là-haut tout ce que les prêtres font ici-bas » (Sac. 3, 5 ). Saint Augustin, évêque d’Afrique du nord : « Si dans l’Église il n’y avait pas la rémission des péchés, nul espoir existerait, nulle espérance d’une vie éternelle et d’une libération éternelle. Rendons grâce à Dieu qui a donné à son Église un tel don » (Serm. 213, 8 ).

Philippe Barbier cpcr