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L'affaire des crucifix

Père Volle, avez-vous entendu parler de « l’affaire des crucifix » ?

Père Volle : Peut-être, mais on va voir s’il s’agit de la même que je puis avoir en tête. Précisez-moi donc la vôtre.

Cela commence en Italie avec la plainte d’une mère de famille contre la présence de crucifix dans l’école où étudie sa fille.

Père Volle : Alors oui, c’est bien à cette affaire que je pensais moi-même. Et vous venez me voir pourquoi à ce sujet ?

Nous voulons ajouter notre propre éclairage au nôtre car nous en avons débattu entre nous, avec les difficultés de nous faire entendre de la part de quelques amis d’occasion.

Père Volle : Je vous vois avec beaucoup de papiers !

+ Ce sont les coupures de journaux qui constituent notre documentation.

Père Volle : Vous ne m’obligerez  pas à avaler tout ça, j’espère !

Non, précisément pour vous l’épargner, et tant bien que mal,  nous avons résumé l’affaire dans le petit texte que voici.

Père Volle : Alors d’accord, mais lisez-le vous-mêmes ! Vous me poserez ensuite les questions que vous voudrez.

Oui, sur les enjeux du problème et sur sa suite à prévoir.

Père Volle : Eh bien , commençons, je vous écoute.

«  Madame Lautsi est une mère italienne, de racine finlandaise. Elle a une fille qu’elle a mise à l’école publique. Comme dans toute la Péninsule il s’y trouve des crucifix dans les classes. Au nom de la liberté de conscience qui s’en trouverait lésée, elle demande leur élimination à son gouvernement, lequel l’en déboute. Alors elle a recours à la Cour européenne de Strasbourg. Et celle-ci lui donne raison avec cet attendu en résumé :  la présence de ces symboles de foi en des salles de classe publiques viole effectivement, avant même que le droit des enfants à n’y être pas influencés au niveau religieux, celui des parents à leur garantir un enseignement conforme à leurs convictions philosophiques… »

Mais voilà que l’Italie fait appel de sa condamnation devant la Grande chambre de la susdite Cour. Appel enregistré bien que de mauvais gré, le 30 juin dernier..

Mais voici l’inattendu : au titre de « tiers intervenants » 10 pays de l’Union européenne dans un premier temps, puis 10 autres dans un deuxième, ont pris la défense de l’Italie. Ce sont donc 20 pays de l’UE  qui jugent pour leur compte du bon droit du pays condamné. D’une part, ils ne voient pas de violation de droits humains dans la présence des symboles objet du litige ; d’autre part, ils argumentent positivement à partir du droit –hautement reconnu en amont- de chacun d’entre eux à protéger sa culture spécifique, inclusivement religieuse. Le jugement final sera pour l’automne prochain.

Père Volle : Vous avez bien résumé l’affaire, amis. Et vous avez aussi sans doute établi la liste des pays concernés.

Bien sûr ! Voici donc ceux qui se sont affichés pour soutenir la  cause italienne. D’abord les 10 premiers, par ordre alphabétique : Arménie, Bulgarie, Chypre, Grèce, Lituanie, Malte , Monaco, Roumanie, Fédération de Russie, Saint-Martin –Puis les 10 autres :  Albanie, Autriche, Croatie, Hongrie, Moldavie, Pologne, Serbie, Slovaquie, Ukraine.

Père Volle : C’est impressionnant, encore que tous ces pays n’aient pas, d’évidence, le même poids « politique »

En démocratie, c’est le nombre qui compte, Père !

Père Volle :Oui, enfin jusqu’à un certain point !

Ce qu’il faut voir essentiellement c’est la valeur de leur argumentation.

Père Volle : D’accord , mais si vous faites le compte les Pays amis sont une minorité dans les 47 de  l’Union !

Père Volle, vous n’allez pas quand même appuyer madame Lautsi et consorts !

Père Volle : Bien sûr que non ! Si j’affiche une certaine satisfaction c’est pour deux raisons : d’abord,  la très grande importance de l’affaire ; de plus, l’espérance d’un résultat, par certains cotés, favorable à notre chère cause de la Royauté sociale de Jésus-Christ.

Il faudra vous expliquer puisque l’horizon nous semble, à nous, très compromis à ce dernier niveau.

Père Volle : De toute évidence, c’est une affaire du diable qui veut évacuer Dieu de la sphère publique en attendant, si possible, de le faire mourir dans les esprits et les cœurs. Mais il me semble qu’il a pris des risques en faisant trop vite. D’ordinaire il va pas à pas, et encore en pantoufles, silencieusement, évitant d’attirer de trop l’attention ; ici c’est en direct et grand fracas qu’il a poussé ses pions. Il pensait peut-être que tout était gagné d’avance devant le relativisme ambiant et la logique d’une divinisation constatée partout de la liberté individuelle. C’était, après tout, celle  de la philosophie des Lumières qui lui a tant rapporté jusqu’ici.

Il doit se rendre compte à présent qu’il a trop compté sur l’allergie doctrinale générale. Il n’y a pas que les idées qui ont de l’impact sur la population, mais aussi les intérêts, les sentiments, les traditions, voire la piété inhérente à une bonté native.

C’est d’ailleurs assez drôle que l’affaire ait commencé en Italie. Vous savez, les mamas italiennes n’ont que faire du légalisme. Et elles savent se faire entendre de leurs époux en certains domaines. Si leurs maris leur semblent avoir mal voté à la Chambre des députés, toutes libérales qu’elles puissent être sur tel ou tel point de leur vie, elles sont capables de lui dire à son retour à la maison : « Mon ami, tu n’auras rien la nuit prochaine ! ».

C’est du Courteline ?

Père Volle : Ou quelque romancier italien ! Je ne serais pas étonné que madame Lautsi, par qui le mal arrive, n’ait été poussée par la Franc-Maçonnerie ou par telle ou telle secte anticléricale particulièrement agressive.

En tout cas l’attention du monde entier se trouve éveillée par l’enjeu du sujet. Il atteint directement  quiconque se demande encore ce qui constitue la dignité de l’homme, quelles sont les limites mais aussi les droits à l’expression publique de ses convictions.

On ne part pas de zéro, tout de même ! Il y a des précédents en la matière ! Notamment chez nous l’expérience des révolutionnaires de 89, 93 et héritiers. Ils ont voulu créer un monde nouveau, faisant table rase du passé : nouveau calendrier, nouvel ordonnancement de la semaine (le fameux décadi), remplacement des saints chrétiens par des modèles républicains (les Viala, les Bara, les déesses « raison », les grands hommes « de la Patrie reconnaissante » du Panthéon ou de l’Arc de Triomphe, etc…), nouveaux noms de rues et de places (celle du « Trône renversé », à Paris ! Est-ce assez cocasse !). élimination des formules courantes de politesse, et j’en passe !  Il y a eu aussi l’expérience encore si proche des pays communistes, créés ouvertement dans la logique du rejet de Dieu et du Christ telle que nous la  retrouvons dans notre affaire des crucifix (comme c’est curieux et amusant, là aussi, que ce soient les pays autrefois se voulant et se disant des « Sans-Dieu » (URSS, Albanie, Tchécoslovaquie …) qui appuient maintenant la bonne cause !). L’expérience et ses leçons !

Ainsi deux choses notamment deviennent claires pour tout le monde : d’une part, « la nature a horreur du vide », c’est à dire ici on ne détruit que pour remplacer ; d’autre part, comme l’écrivait, je crois, Victor Hugo : « La forme, c’est le fond qui remonte en surface ». En plus clair, si les expressions formelles, celles du dehors, sont étouffées, leurs racines en souffriront ; mais aussi longtemps que celles-ci sont vivaces elles demandent à s’extérioriser.

Vous pensez à la Royauté sociale de Jésus-Christ, Père ?

Père Volle : Oui, en prolongement des droits de la conscience à se manifester au dehors et de l’intérêt pour les peuples eux-mêmes à vivre dans la vérité de l’Evangile. L’argument tiré de l’identité culturelle qui veut se conserver des pays dits « chrétiens » n’est pas sans valeur mais n’a de poids que si on lui trouve une efficacité sociale, ce qui est un fait reconnu du christianisme vécu.majoritairement…

Eh bien, vous nous en dites des choses, Père Volle. Quelle suite attendez-vous concrètement dans l’affaire des crucifix ?

Père Volle : Si mes intuitions sont bonnes, je miserais sur des compromis tactiques de la Cour de Strasbourg. Dans la fameuse méditation des « Deux Etendards » selon les Exercices spirituels de saint Ignace (n°140), nous voyons le diable « comme assis dans une chaire de feu et de fumée », pas « assis » mais « comme s’il s’asseyait », faisant semblant d’être assis, passant au besoin d’une fesse à l’autre, apparemment  sûr de son coup , de son bon droit, mais en réalité sur ses gardes et assez habile pour modifier ses tactiques dès qu’il se sent découvert, voire simplement soupçonné.

Nous sommes devant un combat titanesque, un combat qui ne finira qu’avec le monde.

Parce que c’est un combat idéologique ?

Père Volle : Vous avez saisi! Celui des deux Camps, qui se feront toujours face à face. Aussi longtemps que le démon sera ce qu’il est mais aussi longtemps qu’il existera des chrétiens dignes de ce nom. C’est à dire jusqu’au retour du Christ !

Vous n’avez pas mentionné les autres religions que la nôtre, Père. Notamment l’Islam qui revendique haut et fort le droit à son extériorisation.

Père Volle : Et qui l’obtiendra de toute façon, au besoin par la force. Tout en nous protégeant de lui que nous sachions tirer quelque profit de sa cohérence à ce niveau. C’est nous qui étions premiers ! Et il n’y a qu’un Sauveur, Notre Seigneur Jésus-Christ !

Tout cela ne va-t-il pas faire éclater l’Union Européenne ?

Père Volle : Ce n’est pas impossible.

Est-ce souhaitable ?

Père Volle : Je n’en sais rien.

Nous allons réfléchir sur ce tas de choses apprises aujourd’hui afin de les partager avec nos amis. Merci, autant de leur part que de la nôtre. Au revoir, Père !