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L'Eglise est une communion

A l’heure actuelle, il est fréquent d’entendre dire que l’Eglise est une communion. C’est une présentation relativement récente. Jean-Paul II et maintenant Benoît XVI n’ont pas craint d’affirmer ce concept qui s’enracine dans toute la tradition. En effet, un saint Cyprien, évêque martyr de Carthage, écrivait déjà que l’Eglise universelle est « un Peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint. » Or, la Trinité est la source primordiale et le modèle parfait de toute communion.

 

A l’heure actuelle, il est fréquent d’entendre dire que l’Eglise est une communion. C’est une présentation relativement récente. Jean-Paul II et maintenant Benoît XVI n’ont pas craint d’affirmer ce concept qui s’enracine dans toute la tradition. En effet, un saint Cyprien, évêque martyr de Carthage, écrivait déjà que l’Eglise universelle est « un Peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit Saint. » Or, la Trinité est la source primordiale et le modèle parfait de toute communion.

 

Essayons de cerner le sens et les implications de cet aspect du Mystère de l’Eglise.

 

L’Eglise est communion avec le Christ Jésus

Pendant sa vie terrestre, Jésus a affirmé et réalisé la communion avec ses disciples. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique le rappelle : « Dès le début, Jésus a associé ses disciples à sa vie (Cf. Mc 1, 16-20 ; 3, 13-19) ; Il leur a révélé le mystère du Royaume (Mt 13, 10-17) ; Il leur a donné part à sa mission, à sa joie (Lc 10, 17-20) et à ses souffrances (Lc 22, 28-30). Jésus parle d’une communion encore plus intime entre Lui et ceux qui le suivraient : ‘Demeurez en moi, comme moi en vous (…). Je suis le cep, vous êtes les sarments’ (Jn 15, 4-5). Et il annonce une communion mystérieuse et réelle entre son propre corps et le nôtre : ‘Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui’ (Jn 6, 56). » (CEC n° 787)

 

On connaît cette réponse de Sainte Jeanne d’Arc à ses juges : « De Jésus-Christ et de l’Eglise, il m’est avis que c’est tout un et qu’il n’en faut pas faire difficulté. » Elle exprimait par-là ce qu’avant elle, avaient enseigné les Pères de l’Eglise et les saints Docteurs et qui avait nourri la Foi du Peuple de Dieu.

L’Eglise est communion dans l’Esprit Saint

Le Christ ressuscité et monté au Ciel a voulu que cette communion des disciples avec lui demeure : « Lorsque sa présence visible leur a été enlevée, Jésus n’a pas laissé orphelins ses disciples. Il leur a promis de rester avec eux jusqu’à la fin des temps ; Il leur a envoyé son Esprit. La communion avec Jésus en est devenue, d’une certaine façon, plus intense : ‘En communiquant son Esprit à ses frères qu’il rassemble de toutes les nations, il les a constitués mystiquement comme son corps.’ » (CEC n° 788)

 

Communion, comme celle des membres d’un corps entre eux

C’est Saint Paul qui, le premier, a écrit que l’Eglise est le corps du Christ, un corps dont nous sommes les membres et dont le Christ est la tête. A ce propos, le Catéchisme souligne : « La comparaison de l’Église avec le corps jette une lumière sur le lien intime entre l’Église et le Christ. Elle n’est pas seulement rassemblée autour de lui ; elle est unifiée en lui, dans son Corps. Trois aspects de l’Église-Corps du Christ sont plus spécifiquement à relever : l’unité de tous les membres entre eux par leur union au Christ ; le Christ Tête du Corps ; l’Église, Épouse du Christ. » (CEC n° 789)

 

Les sacrements du baptême et de l’Eucharistie nous unissent au Christ et entre nous : ils sont, en ce sens, des sacrements de communion ecclésiale, fondateurs et constructeurs de l’Eglise. Le baptême nous unit à la mort et à la Résurrection du Christ ; l’Eucharistie, en nous faisant participer réellement au Corps et au Sang du Christ, nous élève à la communion avec Lui et entre nous. (Cf. Rm 6, 4-5 ; 1 Cor 12, 13 ; LG 7)

 

Communion dans la diversité des membres

Mais l’unité des membres de l’Eglise par leur union personnelle au Christ ne supprime pas leur diversité. « ‘Dans l’édification du corps du Christ règne une diversité de membres et de fonctions. Unique est l’Esprit qui distribue des dons variés pour le bien de l’Église à la mesure de ses richesses et des exigences des services’ . L’unité du Corps mystique produit et stimule entre les fidèles la charité : ‘Aussi un membre ne peut souffrir, que tous les membres ne souffrent, un membre ne peut être à l’honneur, que tous les membres ne se réjouissent avec lui’ (LG 7). » (CEC n° 791)

 

Conséquences de notre appartenance à l’Eglise-communion

Le Pape Jean-paul II, dans sa lettre apostolique « Novo Millennio ineunte » va nous inviter à « réaliser cette communion d’amour » : « La communion est le fruit et la manifestation de l'amour qui, jaillissant du cœur du Père éternel, se déverse en nous par l'Esprit que Jésus nous donne (cf. Rm 5,5), pour faire de nous tous ‘un seul cœur et une seule âme’ (Ac 4,32). C'est en réalisant cette communion d'amour que l'Église se manifeste comme  sacrement’, c'est-à-dire comme ‘le signe et l'instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain’. » (NMI 42, 2)

 

Et le Souverain Pontife d’insister sur l’importance d’une véritable « spiritualité de communion » et d’esquisser ses grands traits.

D’abord, Jean-Paul II nous invite à donner dans toute notre vie la priorité à cette « spiritualité de communion ». Pour lui, l’Eglise doit être « la maison de la communion » pour ses membres. Plus encore : elle doit apparaître également comme une « école de la communion » pour tous les hommes qui peuplent notre planète. L’être profond et le rayonnement de l’Eglise doivent boire à la source de la communion trinitaire et interpersonnelle. « Faire de l'Église la maison et l'école de la communion: tel est le grand défi qui se présente à nous dans le millénaire qui commence, si nous voulons être fidèles au dessein de Dieu et répondre aussi aux attentes profondes du monde. » (NMI 43, 1)

 

Ensuite, afin que ce programme puisse se réaliser, le Pape exhorte à « promouvoir une spiritualité de la communion, en la faisant ressortir comme principe éducatif partout où sont formés l'homme et le chrétien, où sont éduqués les ministres de l'autel, les personnes consacrées, les agents pastoraux, où se construisent les familles et les communautés. » (NMI 43, 2) Remarquons que cette spiritualité n’est pas réservée à « quelques uns », mais qu’elle s’adresse à tous les baptisés !

 

Enfin, il va décrire les grands traits de cette spiritualité :

« Une spiritualité de la communion consiste avant tout en un regard du cœur porté sur le mystère de la Trinité qui habite en nous, et dont la lumière doit aussi être perçue sur le visage des frères qui sont à nos côtés.

Une spiritualité de la communion, cela veut dire la capacité d'être attentif, dans l'unité profonde du Corps mystique, à son frère dans la foi, le considérant donc comme « l'un des nôtres », pour savoir partager ses joies et ses souffrances, pour deviner ses désirs et répondre à ses besoins, pour lui offrir une amitié vraie et profonde.

Une spiritualité de la communion est aussi la capacité de voir surtout ce qu'il y a de positif dans l'autre, pour l'accueillir et le valoriser comme un don de Dieu: un « don pour moi », et pas seulement pour le frère qui l'a directement reçu.

Une spiritualité de la communion, c'est enfin savoir « donner une place » à son frère, en portant « les fardeaux les uns des autres » (Ga 6,2) et en repoussant les tentations égoïstes qui continuellement nous tendent des pièges et qui provoquent compétition, carriérisme, défiance, jalousies. » (NMI 43, 2)

 

Et Jean-Paul II de conclure : « Ne nous faisons pas d'illusions: sans ce cheminement spirituel, les moyens extérieurs de la communion serviraient à bien peu de chose. Ils deviendraient des façades sans âme, des masques de communion plus que ses expressions et ses chemins de croissance. » (NMI ibid.)

 

Un programme pour demain, dès maintenant

Terminons cette réflexion sur l’Eglise-communion en écoutant encore Jean-Paul II décrire les domaines et les moyens qui « servent à assurer et à garantir la communion. »

« Comment ne pas penser, avant tout, à ces services spécifiques de la communion que sont le ministère pétrinien et, en étroite relation avec lui, la collégialité épiscopale? Il s'agit de réalités qui ont leur fondement et leur consistance dans le dessein même du Christ sur l'Église mais qui, en raison de cela, ont continuellement besoin d'une vérification qui en assure l'authentique inspiration évangélique.

On a fait beaucoup aussi depuis le Concile Vatican II en ce qui concerne la réforme de la Curie romaine, l'organisation des Synodes, le fonctionnement des Conférences épiscopales. Mais il reste certainement beaucoup à faire pour exprimer au mieux les potentialités de ces instruments de la communion, particulièrement nécessaires aujourd'hui où il est indispensable de répondre avec rapidité et efficacité aux problèmes que l'Église doit affronter au milieu des changements si rapides de notre temps.

Les lieux de la communion doivent être entretenus et étendus jour après jour, à tout niveau, dans le tissu de la vie de chaque Église. La communion doit ici clairement apparaître dans les relations entre les Évêques, les prêtres et les diacres, entre les Pasteurs et le peuple de Dieu tout entier, entre le clergé et les religieux, entre les associations et les mouvements ecclésiaux. Dans ce but, les organismes de participation prévus par le droit canonique, comme les Conseils presbytéraux et pastoraux, doivent toujours être mieux mis en valeur. Ceux-ci, comme on le sait, ne s'inspirent pas des critères de la démocratie parlementaire, car ils agissent par voie consultative et non délibérative, toutefois, ils ne perdent pas leur signification ni leur importance à cause de cela. En effet, la théologie et la spiritualité de la communion inspirent une écoute réciproque et efficace entre les Pasteurs et les fidèles, les tenant unis a priori dans tout ce qui est essentiel, et les poussant, d'autre part, même dans ce qui est discutable, à parvenir normalement à une convergence en vue de choix réfléchis et partagés. » (NMI 44, 1-2 et 45, 1)

 

Il conclut en montrant l’apport mutuel des structures et de la spiritualité de communion dans la vie et pour la fécondité de l’Eglise : « Si donc la sagesse juridique, en posant des règles précises à la participation, manifeste la structure hiérarchique de l'Église et repousse les tentations d'arbitraire et de prétentions injustifiées, la spiritualité de la communion donne une âme aux éléments institutionnels en proposant la confiance et l'ouverture pour répondre pleinement à la dignité et à la responsabilité de chaque membre du peuple de Dieu. » (NMI 45, 3)