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- Depuis quelques années, les apparitions de la Vierge Marie semblent se multiplier avec une profusion inouïe. Il n’est guère de pays qui n’ait désormais les siennes. Avec un public de lecteurs insatiable, des revues spécialisées sur le thème apparaissent, en s’ajoutant les unes aux autres, sur le marché. Que faut-il en penser, Père Volle ?
Père Volle : Je constate avec vous le phénomène, d’autant que je reçois personnellement plusieurs des revues auxquelles vous venez de faire allusion. Et je vous confesse d’entrée de jeu un certain embarras à vous répondre.
Mais oui, tout bonnement. On peut d’ailleurs les supposer a priori, étant donné d’une part que la trajectoire de l’Eglise, en ses 20 siècles d’existence, a reconnu bien des fois cette dimension de sa sainteté, ou plutôt de la Providence divine à son égard ; et que d’autre part les risques d’inflation du phénomène sont multiples et parfois grave.
- Qu’appelez-vous « inflation » ?
Père Volle : Si nous prenons les choses au niveau de leur crédibilité, on pourrait souvent se mettre à douter. Certes, les présentateurs des visions ou apparitions pensent apporter des preuves, mais quel auditeur de seconde main ou quel lecteur a les moyens de vérifier leurs propos ? En attendant des miracles dûment authentifiés, on admettra sur parole à partir de tel cautionnement lui-même sujet à examen !
- Tout de même, lorsque le Père X ou le Père Y, personnages de poids en Eglise, donnent un avis favorable, ça compte !
Père Volle : Ca compte « un peu » seulement ! Tant est longue la liste de tels personnages, saints ou savants tant que vous voudrez, qui se sont trompés en l’occurrence. Voire tel évêque ou prélat haut placé du Vatican ! Leur cautionnement, c’est du positif, certes, mais avec un poids léger d’ordinaire. Mettons les choses au mieux : l’approbation d’un Saint canonisé. En les mettant sur les autels l’Eglise n’entend pas faire siennes toutes leurs convictions, surtout celles d’ordre conjecturel, historiques, politiques, etc. !
- Vous en avez donc contre le péril de crédulité en notre domaine ? Ce n’est pas forcément grave.
Père Volle : Non, pas forcément. On peut très bien rester ferme sur les deux jambes du dogme et de la morale tout en se trompant sur la réalité d’une apparition. A supposer, évidemment, la cohérence du message adjacent avec la foi de l’Eglise. L’erreur n’implique pas forcément la volonté délibérée de séduire. Je dirai plus : même l’exploitation intéressée qu’on peut faire du phénomène (réputation du lieu, affluence des visiteurs, afflux avec eux de l’argent…), si elle introduit de la suspicion, n’affecte pas de soi la sincérité des voyants et donc leur véracité.
- Vous pensez aux promoteurs, aux agences de voyage ?
Père Volle : Oui, par exemple. A la gloriole qu’on peut retirer aussi d’une proximité de famille ou de voisinage avec les voyants. Après tout, nous trouvons ces retombées dans les centres les mieux fondés de pèlerinage. Sans que personne s’en offense sérieusement. Pourquoi voudrions-nous qu’il en soit autrement dès que circulent les rumeurs ? Le Seigneur peut même y donner la main comme il fit pour la Pentecôte. Car souvent c’est le concours populaire spontané qui a poussé l’autorité légitime à s’intéresser au cas. Avec la suite que l’on sait pour les apparitions reconnues. Evidemment si les voyants eux-mêmes se sont enrichis, c’est mauvais signe (Bernadette de Lourdes ne voulut jamais accepter le moindre cadeau et trouva mauvais plus tard que sa famille- dans un situation économique toujours précaire- se mette à vendre des images de la Grotte). Mauvais signe également si les privilégiés du ciel continuent dans une ligne de vie inchangée après les faveurs célestes reçues. Encore qu’il ne faille pas pour autant les voir tout chambouler dans leur comportement (C’est ainsi -chose amusante- que les petits voyants de Beauraing n’ont pas renoncé tout de suite à aller au cinéma.cinéma !) « Où,il y a de l’homme il y a -il reste donc- de l’hommerie », comme disait saint François de Sales.
- Vous semblez très large, Père Volle, pour vous situer devant ce que nous vous présentions comme une inflation du merveilleux. Alors qu’elle nous laisse plutôt perplexes.
Père Volle : Mais « perplexe » je le suis pourtant autant que vous. Seulement je sais qu’on ne saurait empêcher Dieu de se manifester comme il l’entend et que ses façons de faire nous déroutent souvent. Dès lors que je ne trouve rien contre les enseignements de l’Eglise en ce qui m’est rapporté en fait de visions, révélations ou choses similaires, et qu’en même temps la piété en est favorisée, je ne vois pas pourquoi je ferais opposition. Dans ces conditions, lorsqu’on me consulte pour savoir s’il convient de croire ou non à ceci à cela, de lire ou non tel livre et son témoignage, je réponds toujours en fonction du profit spirituel tiré. J’ajoute pourtant volontiers un conseil de discernement pour qu’on ne mettre pas sur le même plan la révélation supposée et l’Evangile ; Pour être honnête avec vous, mes amis, je dois pourtant vous dire que je n’ai pas encore totalement livré ma pensée sur le sujet. Aussi bien en négatif qu’en positif. Le négatif, c’est le danger d’illuminisme ; le positif c’est le renvoi à la dimension fondamentale du christianisme : la vie intérieure en Christ-Jésus.
- l’illuminisme, qu’est-ce à dire ?
Père Volle : C’est une assurance trop grande en sa propre expérience intérieure Au détriment de l’adhésion que nous devons, en tant que catholiques, d’une part à l’enseignement de notre Eglise, d’autre part aux directives qui nous viennent de son gouvernement légitime. Vous-vous souvenez des paroles de Jésus à ceux qui auront mission de la conduire : « Qui vous écoute m’écoute ; qui vous méprise me méprise ». Ceux-là ont une mission de vérification des communications divines aux fidèles. Des « voyants » authentiques qui seraient désavoués par l’Eglise n’auront pas alors la tâche facile. On ne peut leur demander, certes, de se renier eux-mêmes au point de rejeter des choses dont ils seraient absolument sûres (« sans douter ni pouvoir douter, comme écrit saint Ignace), mais un devoir de soumission externe s’impose dès lors à eux. Ils rentreront normalement dans le silence. Dieu ne peut se contredire et leur suggérer une attitude contraire à l’obéissance à ses propres Pasteurs.
- Pas plus de liberté pour les supporters ?
Père Volle : Ma foi, non. Rien de bon à espérer si on respire chez eux de l’hostilité par rapport aux directives officielles. Courber l’échine au besoin ! Au moins pour un temps.
- Pourquoi dites-vous » pour un temps »?
Père Volle : Parce que la situation peut évoluer. Certaines oppositions très officielles ont été retirées, des jugements rectifiés. Quelquefois après des siècles.
C’était alors bien la peine de faire tant d’histoires !
Père Volle : C’est vrai, mais il n’y aura eu du mal véritable pour personne. La souffrance née de telles contrariétés supposées n’en est pas un .
- C’est vite dit !
Père Volle : D’accord ! Je voudrais avant de vous voir partir vous communiquer un dernier jugement sur l’inflation du merveilleux en notre temps. Pour sûr, j’y vois un risque d’échapper à l’autorité du Magistère ecclésial par ce que nous avons appelé le danger d’illuminisme mais en même temps nous évitons un autre danger qui est celui du légalisme, à savoir d’une accentuation outrancière des éléments externes du christianisme : lettre, loi, rubriques, automatisme dans l’obéissance…Notamment par le biais des locutions intérieures affirmées par des âmes privilégiées du ciel nous sommes renvoyés à notre intériorité, la vie selon les vertus théologales, notamment la charité, le cœur à cœur avec Celui qui vit en nous... Inclusivement dans ses outrances éventuelles, ce monde des révélations dont nous avons parlé nous oblige à revoir notre relation personnelle avec Dieu, notre place en communion de sainteté.La piété qui en découle est de grand profit..
- Même tirée de l’inflation du merveilleux ?
Père Volle : Je vous l’ai dit. A d’autres époques c’est contre le jansénisme qu’il fallait lutter. Aujourd’hui c’est autant contre la dureté des cœurs que contre la peur de Dieu et le manque de rigueur intellectuelle. Sans compter que l’argumentation sèche est sans prise sur nos gens. A chaque temps son combat, voire sa façon d’évangéliser.
- Donc tout est question de tri entre le bon grain et l’ivraie ?
Père Volle : Entre la bonne pâte substantielle et la boursouflure. Pas seulement pourtant, car le don de discernement, tel que nous nous le souhaitons, ne se contente pas de trier ou classifier, il tend à un enrichissement d’ordre à la fois spéculatif et affectif, le profit de l’âme.
- S’y retrouver sur tous les fronts, c’est bien compliqué !
Père Volle : Certes, d’où le besoin du Saint Esprit pour la moindre participation.. Dans sa mouvance toujours on acquiert pourtant quelque doigté à l’usage, un certain instinct préventif ainsi qu’un souci utilitaire. Avec profit également quand on s’est induire en erreur en telle ou telle occasion !
- Ca vous est arrivé parfois, Père Volle ?
Père Volle : Oui, mais je ne veux pas vous raconter aujourd’hui. Je me méfie maintenant de ces prophéties qui finissent toujours bien, c’est à dire selon nos goûts. Tout en sachant, comme la Vierge Marie l’a dit à Fatima, qu’à la fin son Cœur immaculé triomphera. Parce que nous ne savons pas quand sera cette fin, et sous quelles conditions le triomphe annoncé sera réalité. Je sais aussi que les temps de crise voient toujours se multiplier les prophètes auto-proclamés. Saint Bernardin de Sienne le constatait en son siècle (le 15°), d’une phrase vigoureuse : « Vaticiniis usque ad nauseam repleti sumus : Partout des prophéties jusqu’à la nausée ! » Même sans aller jusque là…
- Nous voilà prévenus, prémunis, et pourtant plutôt apaisés par tout ce que vous nous avez dit. Meri, Père Volle !
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