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Ce sont de bonnes nouvelles, Père Volle, que les journaux d'Eglise nous communiquent ence moment sur le nombre de baptêmes d'adultes dans nos paroisses. En croissance chaque année, paraît-il.
Père Volle : Mais oui, c'est un air frais au sein de statistiques catastrophiques qu'ils répandaient, il y a peu de temps encore, sur le déclin de la foi en la résurrection du Christ jusque chez les catholiques pratiquants. Donc, dites-vous, la courbe de baptêmes d'adultes est ascensionnelle ? Je partage votre joie. Pourvu, évidemment, que ne s'y cache pas une courbe inversée pour le baptême des enfants. Et là, je crois bien que nous avons de quoi modérer notre optimisme de tout à l'heure.
Vous voulez dire que les baptêmes d'adultes se feraient au détriment de celui des enfants ?
Père Volle : Pas forcément au détriment, mais en concomitance, oui. Au-delà de la réception différée du sacrement, je crois que sa raréfaction chez les tout-petits est liée au problème beaucoup plus vaste et plus grave de toute une conception libertaire de la liberté.
Vous pouvez nous expliquer ça ?
Père Volle : C'est facile. Autant nos modernes acceptent ce qu'ils comprennent, font leur choix et lui demeurent éventuellement fidèles, autant ils renâclent contre ce qui leur vient du dehors, non seulement imposé mais déjà proposé, simplement. Il leur faut découvrir, inventer, en tout cas avoir leur mot à dire devant des suggestions externes.
Mais si c'est pour vérifier leur crédibilité, quoi de plus raisonnable ?
Père Volle : Certes ! Sauf que la crédibilité en question relève pour eux du cas par cas. Imaginer un dogme global : « Je crois tout ce qu'enseigne l'Eglise », les dépasse et leur répugne. Livrer ainsi son intelligence, et toute sa personne avec, leur paraît suicidaire. Un homme digne de ce nom, disent-ils, n'accepte rien de tout fait, ni dans l'ordre de ce qu'il y aurait à croire ni dans ce qu'il y aurait à réaliser. Ils font leur choix, même dans l'Evangile, puisqu'il n'est pas question pour eux de donner carte blanche générale, a priori, à Jésus Christ, fut-il Dieu.
De sorte que le baptême...
Père Volle : Imposé à des enfants serait un abus, à leur avis. Il faut qu'ils choisissent eux-mêmes. Nous nous réjouissons lorsque ça devient le cas, mais il se fera forcément rare.
Pourquoi « forcément » ?
Père Volle : Parce que « pour choisir il faut connaître », ce qui suppose une information préalable, ainsi qu'une grande docilité morale, laquelle n'est pas spontanée du tout depuis le péché originel. Les parents devraient alors se consacrer très fort à une réflexion éducative. Vous voyez pour eux la difficulté ! Les parents qui disent, en parlant de leurs gosses : « Quand ils seront grands, ils choisiront » s'imaginent peut-être d'une part que des chemins lumineux vont soudain s'éclairer sous leurs yeux et, d'autre part, qu'ils n'auront alors qu'un impétueux désir de les suivre, ces parents-là vivent dans un monde irréel. Et s'ils se croient dégagés pour l'instant de toute responsabilité, l'illusion sera complète. De fait, ils se savent bien tenus à imposer à leurs rejetons quelques règles de conduite, sauf à les réduire à peu de chose dès qu'on aborde le thème religieux. En ce domaine, surtout s'ils sont eux-mêmes théoriquement ou pratiquement incroyants, ce sera raté d'avance, ou plutôt c'est assuré mais dans le sens négatif, celui d'une descente selon le moindre effort.
Oui, c'est clair. Mais alors comment faire accepter d'enjamber le droit à la liberté dans la proposition éventuelle du baptême ?
Père Volle : En voyant la chose par un autre bout, celui du bien du destinataire ou celui du cadeau... Un cadeau, c'est toujours agréable, non ?
C'est vrai ! A condition qu'il ait du prix pour celui à qui il est offert !
Père Volle : Si nous n'avons pas affaire à des parents chrétiens, il sera bien difficile de valoriser le nôtre. Tout au plus par le biais qu'il fournit d'entrer dans la grande Eglise, avec des frères et des sœurs de par le monde. Encore que cet aspect sociologique ne soit pas le plus important.
Vous voulez dire que ce qui est prioritaire c'est de devenir enfant de Dieu. D'accord, mais vous savez bien que l'appréciation commune des gens n'est pas forcément la nôtre.
Père Volle : On peut au moins en parler dans la conversation. Que serait une préparation au baptême qui ne verserait d'abord sur la divinisation ? Elle est l'occasion d'évangéliser au besoin les parents, avant de sanctifier les baptisés.
Donc vous leur parlez de cadeau ?
Père Volle : Après avoir prié pour que le Seigneur me rende suffisamment éloquent pour être écouté. Sans quoi on n'ira pas loin!
Quelle est votre expérience en ce domaine ?
Père Volle : Sauf exception, je n'ai eu affaire d'ordinaire qu'à des parents chrétiens convaincus avec lesquels j'étais lié d'amitié et qui étaient demandeurs. Tout m'était donc facile. Je sais bien que les curés de paroisse ne sont pas aussi gâtés ; qui doivent faire avec les tout-venant ; même s'ils ont pu leur assurer quelque préparation aux sacrements. Mais enfin, en toute circonstance, après avoir glorifié la vie naturelle on peut passer sans trop de peine à la vie surnaturelle, celle qui conduit au Paradis, notre but commun. Les adultes qui se font baptiser sont très souvent des parents qui ont été présents à l'initiation de leurs enfants... qui fut aussi la leur.
Donc là, plus de concurrence !
Père Volle : C'est vrai, de la concomitance ! Vous savez, quoi que vous ayez pu penser au début de notre entretien, je me réjouis beaucoup de la courbe ascendante des baptêmes d'adultes, surtout lorsqu'il s'agit de personnes de haute catégorie sociale, lesquelles n'ont rien à gagner à franchir le pas religieux, bien au contraire très souvent. Ou bien lorsqu'il s'agit de baptêmes que l'on pourrait appeler « à ris¬ques », tellement les intéressés (musulmans, juifs) émargent alors de leur entourage de race, de religion, de classe. C'est alors un bel hommage de leur part rendu à Jésus Christ, à son amour, à sa souveraineté. Donc béni soit le temps de Pâques, riche en croissance quantitative et qualitative du Royaume de Jésus, qui nous permet d'alimenter notre propre fierté !
Vous voulez dire notre foi, notre espérance ?
Père Volle : C'est pareil ! Les siècles précédents ont parlé de la fierté du nom chrétien, voire de la fierté du sang chrétien et je n'ai pas honte de reprendre ce langage. C'est en substance celui de la Lettre aux Hébreux (3,5) : « Moïse a été fidèle dans la maison de Dieu comme serviteur. Jésus, Lui, l'a été dans sa propre maison, et cette maison c'est nous si nous savons conserver jusqu'à la fin la fierté de notre foi et l'espérance qui fait notre gloire. »
Vous mettez la barre bien haut !
Père Volle : Certes ! Mais d'une part c'est son niveau normal, d'autre part il faut tenir compte des pesanteurs, de la dérive. Jusqu’'ici nous avons parlé surtout « statistiques et chiffres » dans le survol de notre courbe d'admissions au sacrement. La persévérance, qui dépend, elle, de la qualité, serait un autre domaine d'étude. On constate souvent un affaissement d'enthousiasme après l'euphorie de la fête. La communauté d'accueil, à commencer par les parrains, pense en avoir assez fait et pouvoir délaisser quelque peu son néophyte. Si celui-ci doit alors tenir surtout par lui-même, on comprend la nécessité d'un fort ancrage d'intériorité. Le contexte social impose aussi ses exigences. L'Eglise primitive mettait très haut la barre pour se permettre d'affirmer sa nouveauté. Pareillement les siècles de persécution pour être à même de « payer l'impôt du sang ». Notre époque doit faire face au relativisme qui mine rapidement les convictions. D'où, encore une fois, l'actualité de appel vers les hauteurs de la Lettre aux Hébreux citée tout à l'heure. Et ceci vaut pour nous, les premiers ! Allez, à une autre fois !
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